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mercredi 11 juillet 2012

Les manifs dans le monde


lundi 21 mai 2012

L’acte fondateur de l’âge barbare


http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-laval/200512/l-acte-fondateur-de-l-age-barbare

L’acte fondateur de l’âge barbare


L’acte fondateur de l’âge barbare
Par Gordon Lefebvre, enseignant à la retraite et Eric Martin, Professeur de philosophie, Collège Édouard-Montpetit

Pour une première fois, nous prenons la plume au Québec en craignant que cela ne puisse entraîner des représailles à notre endroit. Malgré cela, il existe des choses qu’il faut dire et écrire lorsque des crises significatives éclatent qui risquent d’ébranler les fondements mêmes de la démocratie. Depuis le début du conflit étudiant, le gouvernement présente l’augmentation des droits de scolarité comme une décision purement budgétaire qui relèverait du bon sens et de la saine administration. Or, malgré son aspect comptable à première vue, il s’agit dans les faits d’une décision proprement politique, laquelle participe d’un projet néolibéral de transformation du rapport que la jeunesse entretient avec le savoir, les institutions et la société en général.

En effet, dans son discours de présentation de la loi d’exception, Jean Charest a qualifié la réforme du financement universitaire « d’acte fondateur » : « le gouvernement a posé un acte fondateur, il s’agit de l’avenir de nos universités et de nos collèges, il s’agit donc de l’avenir de nos enfants, du financement d’institutions qui sont névralgiques pour l’avenir de notre peuple ». Il faut entendre cette refondation comme une rupture avec les valeurs cultivées par notre société depuis la Révolution tranquille : universalité, égalité, caractère public de l’éducation.

Désormais, l’éducation est entendue comme un bien de consommation individuel que s’arrachent des clients en concurrence. Cette transformation pousse les étudiant-e-s à intérioriser sous la contrainte les idées et comportements qu’attendent d’eux les entreprises et l’économie capitaliste. Les étudiant-e-s ne sont pas les seuls à qui on impose la culture de « l’utilisateur-payeur ». Cet imaginaire se diffuse dans toute la société, et tous les services publics. C’est le sens de la « révolution culturelle » dont parle le ministre des Finances, Raymond Bachand. Si le gouvernement tient tant à casser la résistance de la jeunesse, c’est qu’il veut s’assurer que la transition d’ensemble se fasse docilement.

Afin d’éviter un débat de fond sur les finalités qui animent ses politiques, le gouvernement a tout fait pour faire dévier la discussion sur des enjeux réels, mais secondaires. Par exemple, on peut faire de savants calculs sur l’accès aux prêts d’études, mais cela ne règle en rien le débat fondamental sur la gratuité scolaire, une revendication dépeinte dès le départ comme utopique et irréaliste. Avant d’en arriver au décret d’une loi spéciale, le gouvernement a tenté d’épuiser le mouvement étudiant. Par la suite, il a prétendu être ouvert à des négociations au moment même où il préparait le projet de loi 78.

Cette loi menace les libertés fondamentales et rompt avec les principes fondateurs de la démocratie. Par exemple, en vertu de l’article 9 : « le ministre de l’Éducation […] peut prendre toutes les mesures nécessaires, notamment prévoir lesdispositions législatives et réglementaires qui ne s’appliquent pas et prévoir toute autre adaptation nécessaire aux dispositions de la présente loi ainsi qu’aux dispositions de toute autre loi » (nous soulignons). Ces dispositions ouvrent la voie à la soumission de toutes les lois au pouvoir discrétionnaire et à l’arbitraire d’un seul ministre. L’effet recherché par cette loi spéciale est-il vraiment de calmer les esprits comme le prétend M. Charest? Faut-il aller jusqu’à comprendre, comme le disent certains avocats, qu’il faudrait même parler d’un « coup d’État constitutionnel » auquel il ne manquerait que la « loi du cadenas »?

Pour la génération des baby-boomers, la grande noirceur est peut-être derrière dans le souvenir de Duplessis. Mais pour la jeunesse qui est dans la rue actuellement et depuis 2001, 2005 et le G20 de Toronto, la grande noirceur est droit devant : Charest à Québec, Harper à Ottawa. Dans les deux cas, le Budget sert d’arme de destruction massive des politiques sociales.

Contre cela, depuis des semaines, la jeunesse persiste pour introduire dans le débat public une conception du rapport au savoir et une conception du monde qui s’opposent aux politiques néolibérales actuelles. Elle nous donne l’exemple de la résistance aux politiques de Charest et Harper par sa combativité, sa ténacité, sa résilience et sa solidarité. Si nous abandonnons les jeunes au matraquage policier et aux lois-matraques, nous aurons laissé dire qu’il s’agissait uniquement d’une lutte corporatiste ou d’un conflit de générations. Or, il s’agit d’une revendication qui concerne toute la société et son avenir. Nous choisissons aujourd’hui le visage du Québec de demain. Sera-t-il une collection d’individus-entrepreneurs en guerre concurrentielle, ou une société rassemblée autour de valeurs humanistes, de justice sociale et de respect de l’écologie? Pour empêcher la barbarie néolibérale de prendre racine, il faut s’engager résolument auprès de la jeunesse et lutter à ses côtés.

jeudi 17 mai 2012

Profs contre la hausse

Profs contre la hausse

http://profscontrelahausse.org/billets/un-grand-tonnerre-lettre-ouverte-aux-etudiantes-et-aux-etudiants-en-greve/



Un grand tonnerre. Lettre ouverte aux étudiantes et aux étudiants en grève

Chères étudiantes, chers étudiants,
Vous me permettrez tout d’abord de m’adresser à votre groupe dans son ensemble, et non à vos porte-paroles, ou à ceux que les médias nomment vos « leaders », une expression qui reflète bien l’abrutissement servile de notre époque. Voilà pourquoi je veux parler à tous les militants et militantes du mouvement étudiant.
Je vous écris cette lettre afin de vous saluer et de vous demander, humblement, de nous aider à poursuivre votre œuvre. Votre lutte est la renaissance de la gauche au Québec, endormie depuis des années par les privilèges de quelques-uns et étourdie par sa propre rhétorique préfabriquée. Vous êtes les travailleurs de la liberté. Vous avez dénoncé les fastes doucereux de nos paradis artificiels.Vous nous avez rappelé ce qu’est un peuple dans ce qu’il peut être de plus beau : un grand acte de confiance. Vous nous avez parlé, vous nous avez tendu la main, même lorsque nous vous laissions sans réponses. Mais il n’est pas trop tard. Nous serons d’abord quelques centaines, puis des milliers à œuvrer avec vous. Reste la question de la violence, qui serait le mur entre nous. Mais de quelle violence parlons-nous au juste ?

Violence et contestation

Il est confortable de condamner la violence lorsqu’on ne la subit pas au quotidien. Commode de juger sans comprendre, et de juger en bloc tous les étudiants pour des gestes favorisés, voire peut-être même espérés avec cynisme par nos élus. Certes, certains d’entre vous jugent que l’heure n’est plus aux évènements festifs où l’imagination confronte le pouvoir. Mais vous savez aussi que la raison du plus fort ne peut être la meilleure.
Pour ma part, je serai toujours contre un pouvoir qui est au bout du fusil, quelle que soit la personne qui tient le fusil. Mais je n’ai jamais vu une matraque entre les mains d’un étudiant. En revanche, je n’ai jamais été témoin d’une telle violence à l’égard d’un groupe social au Québec. Je n’ai jamais vu un tel mépris du gouvernement à l’égard de ses propres citoyens. Je n’ai jamais vu une telle arrogance d’un trop grand nombre de journalistes et de chroniqueurs devant ceux qui pourraient leur apprendre à écrire et à s’exprimer décemment.
Le mouvement étudiant s’insurge contre les bastonnades par des matamores de la matraque, maniant celle-ci comme s’il s’agissait d’un hochet. Ils postillonnent du poivre de Cayenne et dégradent toute leur profession. Je suis peut-être naïf, mais je demeure absolument convaincu que les policiers sont profondément divisés sur l’image donnée d’eux lors des répressions à la sauce militaire. Les charges martiales de policiers en armures contre des manifestants pacifiques n’ont pas pour premier but de vous effrayer. Elles visent en réalité à vous humilier, jusqu’à ce que la raison cède le pas à la colère et déclenche des hostilités dont les forces de l’ordre se voient déjà vainqueurs. Voilà contre quoi vous luttez : à la raison du plus fort, vous opposez la force de la raison. En dénonçant la violence commise sur des personnes, vous avez rappelé le sens réel de ce débat moral. Vous avez fait ce que vous faites depuis des mois : vous nous apportez une parole édifiante

La grève est étudiante…

Chacun connaît le fameux passage de Terre des hommes, où l’auteur condamne la volonté de mettre un terme à ce qu’il y a de meilleur dans le cœur de tous. « Ce qui me tourmente, dit Saint-Exupéry, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné ». Cette phrase, souvent galvaudée, résonne malgré tout dans le contexte actuel, car elle exprime le dégoût devant l’ignoble. Le gouvernement s’obstine à vous mépriser, au mépris même de sa raison d’être. Il espérait une humiliation publique et il l’a fait à coup de matraque, mais aussi et peut-être surtout d’invectives des chiens de garde des nantis, des profiteurs et des saboteurs de la chose publique. Aux courtisans du pire, vous répondez en refusant de perdre votre dignité. Vous offrez une leçon de morale publique à un gouvernement qui ne se préoccupe plus d’honneur depuis trop longtemps.

Mais la lutte est populaire

Il est étonnant de voir les commentateurs s’étonner du tournant politique de la grève étudiante. Pourtant, depuis le début, vous avez dit clairement pourquoi votre lutte concernait un enjeu fondamental de notre société. Depuis le début, vous avez refusé toute forme de corporatisme. Vous avez proposé des options et vous avez accepté tous les débats sociaux, y compris avec ceux-là mêmes qui préféraient vous traîner dans la boue plutôt que de vous accorder le moindre crédit. Quelle que soit la suite des choses, vous avez déjà remporté une victoire que vous avez eu l’immense générosité de nous offrir tous les jours depuis le début de la grève.
Si une partie de notre société a voulu vous humilier, c’est qu’elle craint le retour d’une véritable option social-démocrate. Si elle réagit avec une telle violence à votre mouvement, c’est par peur de ceux qui redressent l’échine et se disent prêts à défendre le bien commun. Pourquoi vouloir enfermer la liberté dans une cage et briser l’espoir d’une société plus juste ? Est-ce bien Mozart qu’on assassine en voulant détruire votre mouvement ? Ne devrions-nous pas plutôt chercher à comprendre pourquoi ils veulent tuer Jaurès ?

Un grand tonnerre

Je termine en vous remerciant, encore une fois, et en conviant tous ceux qui, comme moi, ressentent au plus profond d’eux-mêmes cette infinie reconnaissance qu’ils ont à votre égard, à en faire autant. Nous saluerons votre courage, et votre refus de l’abdication. Et ensemble, nous reconstruirons une société civile et un État que les thuriféraires du privé voudraient voir disparus.
Chères étudiantes, chers étudiants, vous nous avez montré la voie. On dit de vous que vous exigez l’impossible. Au contraire, vous ouvrez les possibles. C’est la raison pour laquelle nous serons nombreux à vous accompagner lors de la grande manifestation du 22 mai, en marchant avec vous ou en formant une grande haie d’honneur pour saluer votre détermination, en vous saluant de toutes les fenêtres. Nous formerons ensemble un grand tonnerre, oui, un très grand tonnerre d’applaudissements, une ovation dont l’écho se fera entendre encore et encore, pour que dure la lutte et l’espoir.

P.-S.

Christian Nadeau est professeur au Département de philosophie à l’Université de Montréal.

JE ME SOUVIENS....

JE ME SOUVIENS.... DES COUPS, BLESSURES, INSULTES ET DES PERTES DE VIE, PORTÉSÀ NOS FRÈRES ET SOEURS VOULANT DÉFENDRE NOS DROITS À LÉGALITÉ, LA JUSTICE, L'ÉDUCATION ET LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉ ET À LA VIE TOUT COURT.


Dans l'intention de se rappeler les sacrifices encourus par nos citoyens.

Daniel Falardeau 2012